L’Église Adventiste en Haïti a rendu un vibrant hommage à Antonine Mercier Bastien, décédée plus tôt au cours de ce mois de mars. Les funérailles de Mme Bastien ont été chantées au Parc Sainte-Thérèse de Pétion-Ville ce dimanche 29 mars 2026. Retour sur la vie et la carrière de cette icône de l’éducation Adventiste.

Il y a des vies qui ressemblent à des œuvres. Celles que l'on ne mesure pas en années, mais en générations façonnées, en familles sauvées de la séparation, en jeunes qui ont trouvé leur chemin parce qu'une femme avait décidé, un matin de 1967 dans une salle de l'École Fondamentale Adventiste de Diquini (EFAD), que l'éducation était une vocation et non un métier. Antonine Mercier Bastien était de ces existences-là.

Née le 14 décembre 1947 à Beauchamp, localité de Port-de-Paix, aînée de dix enfants dans une famille du Nord-Ouest, Antonine Mercier Bastien portait déjà, sans le savoir, le poids et la grâce d'un destin de première.

Elle n'avait que vingt ans quand elle se retrouva face à ses premiers élèves, et quelque chose, ce jour-là, se noua pour de bon. Cinquante ans plus tard, en 2017, lorsqu'elle prit officiellement sa retraite à soixante-dix ans, ce nœud n'était toujours pas défait. Elle continua d'enseigner la philosophie de l'éducation adventiste à l'Université Adventiste d'Haïti (UNAH), de dispenser des conseils sur la vie de famille partout où on lui offrait une tribune, jusqu'en 2025. Comme si l'enseignement était chez elle moins une activité qu'une respiration.

Son parcours académique et institutionnel force le respect par sa cohérence autant que par son amplitude. Licenciée en éducation à l'UNAH dont elle allait plus tard diriger le destin, maître en psychopédagogie d'Andrews University aux États-Unis, Antonine Mercier Bastien gravit les échelons non par ambition de pouvoir, mais avec la régularité tranquille de celle qui sait où elle va parce qu'elle sait pourquoi elle marche. En 1989, elle prend la tête du Collège Adventiste de Diquini (CAD). En 1992, elle entre au bureau de l'UMASH comme directrice du département de Jeunesse et d'éducation, poste qu'elle occupe jusqu'en 2000. Elle devient alors rectrice de l'UNAH, première et unique femme à tenir ce rôle, qu'elle assume jusqu'en 2005. Puis viennent les départements Femmes, Famille et Enfants, la Fondation Adventiste pour l'Éducation (FAE). Une trajectoire sans temps morts, sans détours, tracée au cordeau de la foi et de la compétence.

Mais réduire Antonine Mercier Bastien à ses titres serait ne pas lui rendre justice. Ceux qui l'ont connue parlent d'abord d'une présence, d'une voix. Cette voix, des milliers d'Haïtiens l'ont entendue chaque semaine sur les ondes de la Radio Voix de l'Espérance, dans l'émission « La famille à la une », qu'elle co-animait avec les pasteurs Richardson Ferrol, André Pierre et Jean-Philippe Extrat, aujourd'hui président de l'Église adventiste en Haïti. Une voix chaleureuse, disent ceux qui s'en souviennent. Joyeuse. Amicale. Humble. La voix de quelqu'un qui parle des épreuves du couple et de la famille non depuis un manuel, mais depuis une vie vécue avec Félix Wilbert Bastien, qu'elle avait épousé le 24 décembre 1972, et avec qui elle avait élevé deux filles et un fils.

Elle aura aussi incarné, dans l’intimité, les principes qu’elle enseignait en public. Ceux qui l’ont connue parlent d’une femme de foi, d’une éducatrice exigeante, d’une mentor attentive, une présence à la fois rassurante et humaine.

Mme Bastien avait aussi ce don, rare chez les grands esprits, de ne jamais oublier qu'elle servait un rêve plus grand qu'elle-même. Ce rêve, elle le formulait avec une simplicité désarmante : que chaque école du territoire haïtien soit dotée de professionnels qualifiés, capables de former dignement les générations à venir. Un rêve modeste en apparence, immense dans sa portée, et auquel elle aura consacré chaque heure de son existence. L'Université lui rendit hommage à deux reprises, avec un doctorat honoris causa en sciences de l'éducation en 2000, puis en humanités en 2020, reconnaissances qui disaient moins une carrière qu'un monument.

Travailleuse acharnée, la mort ne l'a pas surprise en repos. Elle est partie le mercred 18 mars 2026, en plein milieu de la semaine de prière de la Jeunesse, elle qui fut la seule femme à diriger ce département au bureau de l'UMASH. Elle n'aura pas eu le temps d'enfiler une dernière fois l'uniforme JA qu'elle portait avec une fierté et une légèreté que beaucoup lui enviaient, à son âge. Le cancer du pancréas, associé au diabète et à l'asthme qui l'avaient éprouvée au fil des années, a eu raison de ses dernières forces. Elle avait soixante-dix-huit ans.

Ce dimanche, au Parc Sainte-Thérèse de Pétion-Ville, la communauté Adventiste haïtienne a accompagné  Antonine Mercier Bastien pour la dernière fois. Le vide qu'elle laisse est de ceux que personne ne comblera vraiment, parce qu'il n'est pas fait d'une absence, mais de la somme de tout ce qu'elle a donné. Les générations d'éducateurs, de leaders et de familles qu'elle a formés portent en eux quelque chose d'elle: ses exigences, sa douceur, sa  foi, et c'est peut-être tout cela, qui feront encore que la communauté Adventiste tardera à oublier cette icône de l'éducation Adventiste.

 

CP: JA Connect Haïti


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